Niveaux de bruit acceptables (ANL = Acceptable Noise Level)

 

Tester les niveaux de bruit acceptables revient à mesurer la quantité de bruit de fond qu’une personne est prête à accepter1. Ces dernières années, ce test ANL a suscité l'intérêt des chercheurs et des audioprothésistes car il est identifié, dans 85 % des cas, les personnes pour lesquelles les aides auditives seront bénéfiques2. Outre le fait d’être un outil de conseil, ce résultat laisse entendre que comprendre pourquoi le bruit acceptable diffère d’une personne à une autre, c’est comprendre pourquoi l’appareillage d’un patient réussit (ou échoue). La réponse à cette question permettrait de personnaliser les solutions auditives et d’en améliorer le pronostic.

Le test ANL est relativement rapide et simple d’utilisation. D’abord, on fait écouter un récit au patient dans des écouteurs ou via un champ sonore. C'est souvent l'Arizona Travelogue qui fait office de stimulus sonore (Cosmos, Inc.). Cet extrait est le récit ininterrompu d’un homme, qui raconte son voyage en Arizona. À l’aide d’une procédure adaptative, on demande d’abord au patient de régler le volume sonore à un niveau jugé « trop élevé », puis « trop bas » et enfin « le plus confortable » pour lui. Ensuite, on ajoute le bruit de fond (généralement des personnes qui bavardent) et on demande au patient de régler le volume, d’abord à un niveau « trop élevé pour comprendre le récit », puis « suffisamment bas pour distinguer clairement le récit » et enfin au niveau le plus élevé possible tout en continuant à suivre le récit. L’écart entre le niveau d’écoute le plus confortable (MCL = most comfortable listening level) et le niveau de bruit maximal acceptable (BNL = background noise level) correspond aux ANL. Ce test dure environ 2-3 minutes.

Un faible score ANL indique une forte tolérance au bruit de fond. Selon Nabelek et al.2, il y a trois ANL différents : faibles, moyens et élevés. En général, chez les personnes avec des ANL « faibles » (moins de 7 dB), l’appareillage est une réussite, tandis que chez celles avec des ANL « élevés » (plus de 13 dB), l’appareillage est un échec. Enfin, chez les personnes avec des ANL « moyens » (7 à 13 dB), les chances de réussite sont de 50/50. Nabelek et al. ont montré que la majeure partie des déficients auditifs avait des ANL compris entre 0 et 25 dB et que les ANL récurrents avoisinaient les 10-11 dB.

Les ANL ne semblent pas liés à l’âge1,2, au sexe2,3, à la sensibilité de l’ouïe1,2 ou au fait de préférer la présence d'un bruit de fond4. À ce jour, le lien entre les ANL et les facultés de compréhension de la parole n’est pas évident. Certains chercheurs5,6 pensent que ces deux choses n’ont rien à voir et d’autres7 au contraire estiment que les personnes dotées de facultés de compréhension de la parole ont des ANL plus faibles. Parallèlement, les études portant sur les ANL avec et sans aide auditive donnent des résultats contradictoires : celle de Nabelek et al.6 montre que les ANL sont identiques dans les deux cas, tandis que celle d’Ahlstrom et al.7 montre que les ANL avec aide auditive sont plus faibles que sans.

Qui plus est, on a découvert que les technologies de microphone directionnel et de réduction du bruit amélioraient les ANL (chez les personnes avec un score faible) d’environ 2,5 à 4 dB comparativement aux aides dépourvues de ces fonctions8-10. Des résultats intéressants qui montrent que grâce à ces fonctions et au traitement des signaux, les patients tolèrent un niveau de bruit plus élevé et augmentent ainsi les chances de réussite de leurs aides auditives. De plus, comprendre les indices qu’utilisent les auditeurs pour déterminer leur niveau de bruit acceptable personnel permettrait de mieux conseiller les patients et de personnaliser leurs solutions auditives. Ces informations serviraient également les intérêts des fabricants d'aides auditives qui sauraient quand, où et comment faire profiter des fonctions de leurs aides auditives. Le scénario idéal serait une meilleure première adaptation, moins de réglages et plus de satisfaction chez les utilisateurs d’aides auditives.

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